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24.11.2017

10 ans de la Fondation Neurodis : découvrez l'interview du Président !

Le Pr François Mauguière vous livre son regard sur Neurodis depuis sa création et ses rêves de chercheur !

LE PARCOURS DU Pr MAUGUIERE

Fondation Neurodis : Bonjour Professeur ! Vous étiez clinicien et chercheur, vous êtes Président de la Fondation Neurodis. Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre carrière et de votre métier ?

FM : Bonjour ! J’ai commencé mes études de médecine à Clermont-Ferrand et je suis arrivé à Lyon pour passer mon concours d’internat avec l’idée de devenir neuropsychiatre, on était dans les années 1969-1970. Au moment où j’ai pu faire ce choix, la neurologie et la psychiatrie se sont séparées. Je suis devenu neurologue tout en conservant un intérêt pour la psychiatrie.

J’ai fait ma carrière au sein des Hospices Civils de Lyon et de l’Université Lyon 1 en tant qu’interne puis chef de clinique, Professeur et enfin chef de service. J’étais surtout intéressé par essayer de détecter les troubles du fonctionnement cérébral à partir des outils de l’exploration fonctionnelle qu’on avait à l’époque : l’électro-encéphalogramme[1], les potentiels évoqués[2]et l’imagerie qui s’est considérablement développée. Je me suis intéressé à l’imagerie dans le cadre de la mission qui m’avait été confiée de porter le projet de création d’un centre d’imagerie, aujourd’hui le Cermep, centre d’imagerie par émission de positons, c’est à dire le PET-Scan[3] dans les termes usuels, mais aussi enrichi par l’IRM[4] et la magnétoencéphalographie[5]. Comprendre le fonctionnement normal et les raisons du dysfonctionnement du système nerveux dans les pathologies a toujours été pour moi un point important.

Le 2° aspect a été mon implication, non plus en tant qu’explorateur fonctionnel du cerveau, mais en tant que médecin traitant neurologue. J’ai exercé la neurologie générale et j’ai développé une sur-spécialité dans le domaine de l’épilepsie qui au début de ma carrière, et toujours aujourd’hui, était très lié à l’électro-encéphalographie. Depuis les années 1995, s’est développé sous mon impulsion et avec le concours de mes collègues Marc Sindou, Marc Guénot, Philippe Ryvlin, Jean Isnard puis Sylvain Rheims qui m’a succédé en tant que chef de service, le service de Neurologie fonctionnelle et d'épileptologie dont le but est de prendre en charge les patients atteint d’épilepsie dont la maladie n’est pas contrôlée par les médicaments et d’essayer de proposer à ces patients des solutions chirurgicales. Pour proposer des solutions chirurgicales, il faut faire appel aux techniques d’exploration fonctionnelle, donc la boucle est bouclée !

 

Fondation Neurodis : Quel est votre rêve de médecin et chercheur ?

FM : Il y a plusieurs rêves. Je vous l’ai dit, je me destinais à la neuropsychiatrie. L’un de mes objectifs permanents est de comprendre les liens entre la vie psychique et le fonctionnement cérébral. Ces liens sont évidents mais difficiles à mettre en exergue et à démontrer. Un 2° objectif est bien sûr la guérison des épilepsies. D’une part, comprendre les mécanismes de l’épilepsie qui se manifeste par des crises inopinées avec un fort retentissement sur la vie sociale, et d’autre part, essayer d’offrir à l’ensemble des patients des solutions pour limiter et si possible contrôler complètement les crises. Donc un premier objectif que je dirais intellectuel de compréhension des relations entre l’esprit et le cerveau, et puis un intérêt que je dirais plus médical, à savoir la prise en charge des patients souffrant de l’épilepsie et le développement de solutions thérapeutiques médicales, non pharmacologiques, par neurostimulation[6] ou encore par chirurgie.

 

LA GENÈSE DE NEURODIS 

Fondation Neurodis : Au cours de votre carrière, vous avez créé il y a 10 ans la Fondation Neurodis. Pourquoi l’avoir créée ? Quel était votre objectif ?

FM : C’est une longue histoire ! Tout d’abord j’ai toujours été intéressé par la recherche. J’en ai toujours fait, essentiellement de la recherche clinique, de la recherche chez l’homme. Après avoir été en charge du projet du centre d’imagerie, j’ai succédé à un neurologue physiologiste lyonnais célèbre, Michel Jouvet, à la tête de l’Institut fédératif des neurosciences de Lyon. Cette structure regroupait l’ensemble des cliniciens, enseignants, chercheurs concernés par la problématique des neurosciences à l’échelle lyonnaise. C’était une première qui avait son importance. C’est le moment, dans les années 90, où tous les neurologues et les chercheurs se sont rendus compte que l’organisation de la recherche moderne en neurobiologie passait par l’utilisation d’équipements extrêmement onéreux : des IRM, des magnéto-encéphalographes, des tomographes par émissions de positons, entre autres mais aussi des microscopes confocaux[7], des instruments de spectrométrie[8], etc. Il fallait que les chercheurs se déterminent collectivement quant à leurs priorités.

L’idée est née que des plateaux techniques au service de la recherche étaient indispensables. Ces plateaux techniques devaient être mutualisés. Seule une démarche collective, donc une fédération de chercheurs et cliniciens, pouvait obtenir des services publics, locaux, nationaux et internationaux les fonds nécessaires pour acquérir de tels équipements et les faire fonctionner : Neurodis s’inscrit dans la même ligne.

Après avoir dirigé l’Institut fédératif pendant 2 mandats, a été publié en 2007 un appel d’offre de l’Etat pour créer des réseaux thématiques de recherche et de soin. En fait, les réseaux de recherche et de soins en neurosciences, c’était exactement la définition de ce qu’était l’Institut fédératif. Tout à fait logiquement, j’ai eu envie de poursuivre cette démarche en l’élargissant à l’ensemble de la région, y compris l’Auvergne dont je suis originaire.

Neurodis a été créé pour prolonger l’effort collectif accompli dans l’Institut fédératif à Lyon et c’est ainsi qu’en 2007, j’ai conduit ce projet, bien sûr pas tout seul ! C’est l’ensemble de la collectivité qui a monté ce projet qui s’appelle Neurodis. Dans le cadre de l’appel d’offre, l’Etat nous a sélectionné avec 7 autres projets, toutes spécialités confondues, reconnaissant ainsi le fait que notre région est un pôle d’excellence de recherche en neurosciences. Pour gérer et piloter ce projet, il nous a fallu créer une fondation, c’est ainsi que la Fondation Neurodis a été mise en place. Nous avions au départ un but très clair : attirer dans notre région des chercheurs renommés ou de jeunes chercheurs, étrangers ou français, travaillant à l’étranger en leur permettant de venir en France de façon à ce qu’ils s’intègrent dans la collectivité de la recherche dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

 

Fondation Neurodis : Qu’est-ce que la Fondation Neurodis a apporté au réseau des chercheurs de la région depuis 10 ans en plus des chercheurs qui ont pu être recrutés suite à l’objectif initial ?

FM : le 1er apport est immatériel et très important : nous avons continué à travailler ensemble à l’échelle de la grande région. Un point important également, c’est que cette première action que vous mentionnez, à savoir attirer les chercheurs étrangers, a été un grand succès à mon sens. Sur plus d’une vingtaine de chercheurs recrutés par la Fondation Neurodis, il y en a 16 qui se sont intégrés dans réseau de la recherche régionale soit dans des organismes de recherche : INSERM, CNRS, soit dans des hôpitaux, soit dans les universités.

A côté de ça, Neurodis nous a permis également d’élargir notre réflexion au delà de la simple recherche fondamentale ou clinique vers le domaine du fonctionnement cérébral au sens large à savoir nos facultés mentales et également la pathologie mentale. C’est ainsi que la Fondation Neurodis a porté un autre grand projet dans le cadre des Institut hospitalo-universitaires. En 2012, là encore sur un appel à projet lancé par l’Etat dans le cadre du Plan d’Investissements d’Avenir, nous avons déposé un dossier pour créer un institut appelé Cerveau et Santé Mentale, CESAME, qui avait pour objectif d’entériner cette extension du domaine de notre recherche et de nos préoccupations au monde de la pathologie mentale. Ces pathologies représentent, économiquement au moins, une charge bien supérieure à celle de la pathologie neurologique pour la société. Voilà ce qu’a permis Neurodis.

La fondation a également permis pour nous tous, c’est à dire chercheurs et cliniciens, une ouverture sur la vie sociale et économique. Comme toute fondation une partie de nos moyens, de plus en plus importante, repose essentiellement sur des levées de fonds auprès du grand public et des relations contractuelles avec des partenaires de la vie économique. Donc je pense que ça a permis au monde relativement cloisonné de la recherche et aussi de l’hôpital d’avoir une ouverture sur la vie économique.

 

Fondation Neurodis : Aujourd’hui, quel est votre rêve en tant que Président de la Fondation Neurodis ?

FM : Tout président de fondation n’a qu’un rêve, c’est d'accroître ses moyens financiers. La recherche en neurosciences coûte cher, je vous l’ai dit en début de cet entretien. Le matériel nécessaire, la maintenance, les coûts de fonctionnement sont très importants. Aujourd'hui la Fondation Neurodis, après avoir reçu un soutien initial de l'Etat et de ses fondateurs, se finance essentiellement par la levée de fonds auprès des acteurs de la vie économique. C’est très compliqué car nous ne sommes pas seuls, il y a eu une efflorescence de fondations. Beaucoup de grands acteurs de la vie institutionnelle ont leur fondation et donc mon rêve serait de ne pouvoir penser qu’à la recherche. C’est à dire d’avoir un fonctionnement, les salaires des deux personnes qui travaillent à Neurodis, (je préfèrerais d’ailleurs en avoir 4), et les frais de fonctionnement de la fondation totalement couverts par nos membres fondateurs. Je ne suis pas encore parvenu à ce résultat si bien que j’en rêve encore et je ne désespère pas d’y arriver !

Merci à vous Pr Mauguière !
Interview réalisée le 05/12/17

 









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