Chaire CIC : les séjours en cours !

Publié le : 19.05.2022

Découvrez nos deux scientifiques accueillis en ce moment dans la région !  

MAURICE PTITO : ANOREXIE MENTALE

Maurice Ptito, professeur titulaire à l’université de Montréal, se voit invité pour deux mois à l’Université Jean Monnet par le Dr Fabien Schneider, de l’équipe TAPE (Troubles du comportement alimentaire, Addictions & Poids Extrêmes), et responsable du thème « Anorexie mentale : de l’addiction à l’aversion » , avec le soutien de la Chaire CIC : « Cerveau et santé mentale »  de la Fondation Neurodis. Il sera donc à Saint-Etienne de juin à juillet 2022.

Le professeur Ptito, spécialiste en neuroimagerie, est particulièrement reconnu pour ses travaux sur la substitution sensorielle dans la cécité congénitale (perte de la vue dès la petite enfance), et sur l’addiction à l’alcool et au cannabis. Ses travaux lui ont d’ailleurs permis de se voir décerner le titre de Chevalier de l’Ordre National du Québec, et la médaille Sir John William Dawson.

La collaboration entre les chercheurs s’inscrit dans le cadre de travaux de recherche sur l’anorexie mentale, trouble de comportement alimentaire et la maladie psychiatrique qui présente le plus fort taux de mortalité. Son diagnostic est grave et le trouble se déclenche le plus souvent à l’adolescence. Les scientifiques français et canadien veulent avancer dans la continuité de leurs travaux déjà initiés sur l’aversion lipidique dans l’anorexie mentale et l’étude du tonus opioïde. Ils ont émis l’hypothèse que l’état de dénutrition serait capable d’entretenir la restriction alimentaire. En d’autres termes, l’anorexie mentale peut-elle être considérée comme une addiction sans substance ?

Les patients atteints d’anorexie mentale possèdent ou développent une lipidophobie (phobie des corps gras). Si jusqu’à présent la littérature relative à cette maladie s’est principalement concentrée sur l’apport calorique et les produits sucrés, ce qui ne représente que peu d’études, le projet consiste à aller plus loin en effectuant une série d’expériences en imagerie par résonance magnétique (IRM) sur la plateforme recherche du CHU de Saint-Etienne (F. Schneider et C. Boutet), afin de comprendre les anomalies de réactions cérébrales des patients atteints d’anorexie mentale (par rapport à des sujets sains) au stimulus lipidique. La stimulation se fera à plusieurs niveaux : cognitif, visuel, gustatif, olfaction et/ou parentéral. L’IRM est une technique d’imagerie médicale permettant d’obtenir des vues en deux ou en trois dimensions de l’intérieur du corps de façon non invasive avec une résolution en contraste relativement élevée. (Pour en savoir plus sur l’imagerie et son apport pour les maladies psychiatriques, c’est par ici.)

L’expertise du Pr Ptito concernant l’organisation cérébrale des circuits cérébraux olfactifs et gustatifs, et son savoir-faire sur l’utilisation d’olfactomètre et de gustomètre dans un environnement magnétique permettra à l’équipe stéphanoise une mise en place plus rapide des protocoles d’IRM. Par ailleurs, sa connaissance des circuits cérébraux impliqués dans la dépendance aidera à une interprétation optimale des résultats des examens d’imagerie ainsi qu’une large diffusion de leurs travaux très porteurs !

Suite à cette période de travail à Saint-Etienne, des possibilités d’échanges d’étudiants ou de mobilité pourraient s’ouvrir entre les universités respectives des chercheurs. La collaboration ne fait donc que commencer !

La Fondation Neurodis mène une campagne de collecte sur un autre projet portant sur l'anorexie mentale mené également à l'université Jean Monnet de St-Etienne (GIMAP) qui vise à comprendre les liens entre la pathologie et le microbiote.

Découvrir le projet anorexie & microbiote

Lire l'article du Progrès du 02/06/2022

Le Pr Ptito répond à nos questions !

Quel est votre métier ? 

Je suis Professeur-chercheur, directeur du laboratoire sur le développement et la plasticité du cerveau et titulaire de la chaire de recherche en sciences de la vision.

Dans quelle structure et dans quelle ville travaillez-vous ? 

Je travaille au laboratoire et clinique universitaire de la vision, à l’université de Montréal et au BRAINLab de l’Université de Copenhague.

Quel est le sujet de vos recherches ?

Je travaille sur les neurosciences de la vision et sur les effets néfastes de la consommation d’alcool et de marijuana sur le développement du cerveau chez le foetus né d’une mère ayant pris ces drogues pendant la grossesse.

Comment est constituée votre équipe ?

Mon équipe est constituée d’étudiants des cycles supérieurs (Maîtrise et doctorat), de post-doctorants, et de personnel technique. Nous entretenons aussi des collaborations avec de nombreux laboratoires à l’international.

Décrivez une journée type ?

La journée commence par une séance d’entrainement au gymnase ; puis par une réunion de laboratoire. Ensuite, vient l’enseignement (séminaire de recherche). Il y a également des discussions concernant des données expérimentales, de la lecture et de l’écriture d’articles et de demandes de subventions. Inutile de dire que la journée finit tard !

Comment ces recherches peuvent-elles améliorer les soins aujourd’hui, ou dans un avenir plus lointain ? 

Nous travaillons sur des méthodes dites de substitution sensorielle qui permettraient aux aveugles de « voir » en utilisant d’autres sens tels que le toucher, l’odorat et le goût. Du côté addiction,  nous développons des stratégies pharmacologiques pour traiter l’alcoolisme fétal et la consommation de cannabis en étudiant le système endocannabinoïde dans le cerveau. Nos résultats à ce jour sont prometteurs et l’accent est mis sur le récepteur cannabinoïde 1 (CB1R) qui pourrait être le joueur-clé dans le traitement des addictions vu son expression massive dans le noyau accumbens et la régulation du relâchement de la Dopamine

Quel est votre rêve ? Que souhaitez vous découvrir ?

Avec l’avancement technologique, je rêve, de mon vivant, de développer d’une part un œil bionique qui permettrait aux aveugles de retrouver la vue et d’autre part de développer la molécule qui pourrait un jour traiter l’addiction à l‘alcool et aux drogues.

Je souhaite remercier le CIC Lyonnaise de banque qui soutient la Chaire CIC "Cerveau et santé mentale" de Neurodis. Ce dispositif me permet de séjourner deux mois en France et de travailler en direct avec mes confrères stéphanois, ce qui accélère significativement nos travaux. Un grand merci !
Pr Maurice Ptito

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JORDI MAGRANE : ATAXIE DE FRIEDREICH

Professeur à l’Institut de Recherche sur le Cerveau à la Weill Cornell Medicine à New York, le Pr Magrané consacre la majeure partie de son temps à la recherche sur le système nerveux, dans le but de tester de nouvelles approches thérapeutiques et d’identifier les mécanismes pouvant être altérés par les différentes ataxies et maladies neuromusculaires. C’est après avoir étudié les fondements de la maladie d’Alzheimer ou encore de la Sclérose Latérale Amyothropique (SLA), que le Docteur Magrané s’est intéressé au rôle des mitochondries impliquées dans les mécanismes de la neurodégénéréscence.

Soutenu depuis février 2022 par la Fondation Neurodis dans le cadre de la Chaire “Cerveau et santé mentale” soutenue par le CIC Lyonnaise de banque, il collabore actuellement avec le Dr. Hélène Puccio au sein de l’Institut NeuroMyoGene, afin d’apporter son expertise sur l’imagerie mitochondriale, et ainsi mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les maladies neurodégénératives telles que l’Ataxie de Friedreich. Il séjourne à Lyon jusqu’au mois de juillet 2022 grâce au financement de Neurodis.

L’Ataxie de Friedrieich est une affection génétique et évolutive, provoquée par l’atteinte des cellules du système nerveux. Si elle compte aujourd’hui 1 300 malades en France, elle déclenche de nombreux problèmes tels que des troubles de l’équilibre et de la coordination des mouvements. Apparaissant généralement vers l’âge de 9–14 ans, son évolution et ses symptômes varient d’un patient à l’autre. Toutefois, une incapacité à marcher survient généralement 10 à 20 ans après les premiers symptômes. Aucun traitement n’existe à ce jour.

Le but de ce séjour ? Comprendre les éléments déclencheurs de la pathologie, et plus largement corriger de manière précoce les anomalies pouvant conduire à la maladie, et ainsi prévenir de nombreuses maladies pédiatriques.